Lorsque vous êtes victime d'une agression, d'un viol, d'un vol avec violence ou d'un acte de terrorisme, le traumatisme physique et psychologique s'accompagne souvent d'un parcours du combattant financier et administratif. Si l'auteur des faits est insolvable, inconnu ou en fuite, vous pouvez vous sentir abandonné par le système judiciaire. Heureusement, le droit français dispose d'un mécanisme de solidarité nationale unique : la Commission d'Indemnisation des Victimes d'Infractions (CIVI). Ce guide complet vous explique comment saisir la CIVI, obtenir réparation intégrale de vos préjudices et faire valoir vos droits, que vous soyez citoyen français ou résident étranger.
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La Commission d'Indemnisation des Victimes d'Infractions (CIVI) est une juridiction autonome siégeant auprès de chaque Tribunal Judiciaire. Contrairement aux tribunaux classiques qui condamnent l'auteur de l'infraction à payer des dommages-intérêts, la CIVI permet à la victime d'être indemnisée directement par l'État, via le Fonds de Garantie des Victimes des Actes de Terrorisme et d'autres Infractions (FGTI).
Ce dispositif repose sur le principe de la solidarité nationale. Une fois que le FGTI a indemnisé la victime, il se retourne contre l'auteur de l'infraction pour récupérer les sommes versées (c'est ce que l'on appelle un recours subrogatoire). Pour la victime, c'est une garantie absolue d'obtenir les fonds, indépendamment de la solvabilité de son agresseur.
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L'accès à la CIVI est strictement encadré par le Code de procédure pénale. Les conditions varient selon la gravité des blessures subies par la victime.
Pour prétendre à une réparation intégrale de l'ensemble des préjudices (physiques, psychologiques, économiques), l'infraction doit avoir entraîné :
Dans ce cadre, l'indemnisation n'est soumise à aucun plafond de ressources de la victime.
Si vous êtes victime d'un vol, d'une escroquerie, d'un abus de confiance ou d'une destruction de bien, ou si votre ITT corporelle est inférieure à 1 mois, vous pouvez tout de même saisir la CIVI, mais sous des conditions très strictes :
Dans ce cas, l'indemnisation est plafonnée à triple du montant mensuel du plafond de ressources de l'aide juridictionnelle (soit un maximum d'environ 4 389 €).
Le droit français est protecteur, mais impose des règles de territorialité :
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Le respect des délais est crucial sous peine de voir votre demande rejetée (forclusion).
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Pour mieux comprendre l'application pratique de ces règles, voici deux cas d'école.
> Marc, serveur, est agressé violemment à la sortie de son travail à Lyon. L'auteur prend la fuite et reste non identifié. Marc subit un traumatisme crânien et une fracture du bras entraînant une ITT de 45 jours. Il conserve une raideur permanente au coude (Déficit Fonctionnel Permanent évalué à 8 %).
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> Marc saisit la CIVI. Une expertise médicale est ordonnée. La CIVI lui accorde les indemnités suivantes, versées par le FGTI :
> * Perte de gains professionnels durant l'arrêt de travail : 2 800 €
> * Souffrances endurées (pretium doloris évalué à 3/7) : 5 000 €
> * Déficit Fonctionnel Permanent (8 %) : 9 600 €
> * Préjudice esthétique temporaire : 800 €
> * Indemnisation totale perçue par Marc : 18 200 €, alors même que l'agresseur est inconnu.
> Sofia, étudiante étrangère en séjour régulier, vit seule avec des ressources de 800 € par mois. Son ordinateur portable et sa tablette (outils indispensables pour ses études d'une valeur de 1 500 €) lui sont volés avec de légères menaces dans la rue. L'auteur est insolvable.
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> Sofia ne remplit pas les conditions de l'article 706-3 (pas d'ITT de plus d'un mois, pas d'atteinte corporelle grave). Elle saisit la CIVI sur le fondement de l'article 706-14 :
> * Ses ressources sont inférieures au plafond de 1 463 €.
> * Elle prouve que la perte de ses outils d'études la place dans une situation de grave précarité.
> * La CIVI lui accorde une indemnité de 1 500 € pour compenser la perte matérielle subie.
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La procédure devant la CIVI est essentiellement écrite, mais elle requiert une grande rigueur méthodologique.
Avant toute chose, vous devez déposer plainte auprès du commissariat de police ou de la gendarmerie. Rassemblez immédiatement toutes les preuves de votre préjudice : certificats médicaux initiaux (délivrés notamment par les Unités Médico-Judiciaires - UMJ) mentionnant la durée de l'ITT, ordonnances, factures de soins restées à charge, justificatifs de perte de revenus.
Vous devez rédiger une requête adressée au secrétariat de la CIVI du Tribunal Judiciaire de votre domicile ou de celui où l'infraction a été commise. Cette requête doit être accompagnée de toutes les pièces justificatives (procès-verbal de plainte, certificats médicaux, justificatifs de ressources si nécessaire). Note : Bien que non obligatoire pour les affaires simples, l'assistance d'un avocat est vivement recommandée pour chiffrer précisément les préjudices.
Dès que la CIVI est saisie, le dossier est transmis au FGTI. Ce dernier dispose d'un délai de 2 mois pour vous présenter une offre d'indemnisation.
En cas de dommages corporels complexes, la CIVI ou le FGTI ordonnera une expertise médicale confiée à un médecin expert indépendant. Il est essentiel de s'y rendre assisté de son propre médecin conseil pour que l'évaluation de vos séquelles ne soit pas sous-estimée.
Si aucun accord amiable n'a été trouvé, la CIVI statue par jugement. Une fois la décision rendue et notifiée, le FGTI dispose d'un délai de 1 mois pour procéder au paiement des indemnités allouées.
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Oui. Si votre situation financière est difficile en raison de l'infraction (perte d'emploi, frais médicaux urgents), vous pouvez demander une provision (une avance sur indemnisation) au président de la CIVI dès le dépôt de votre requête. Elle est généralement accordée sous quelques semaines si le droit à indemnisation n'est pas contestable.
Oui. Si vos ressources sont inférieures aux plafonds légaux, vous pouvez demander l'aide juridictionnelle pour que l'État prenne en charge les honoraires de votre avocat et les frais d'expertise.
C'est précisément tout l'intérêt de la CIVI. La solvabilité de l'auteur n'a aucun impact sur votre indemnisation. C'est le FGTI (financé par une taxe sur les contrats d'assurance de biens) qui vous paie, puis se charge de poursuivre l'auteur pour récupérer l'argent.
Pour les infractions graves (article 706-3), la jurisprudence est stricte : vous devez justifier d'un titre de séjour régulier au moment des faits ou de la demande. Toutefois, si vous êtes victime d'un acte de terrorisme sur le sol français, aucune condition de nationalité ou de régularité du séjour n'est exigée.
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